L'argent n'a point d'odeur, la pauvreté a un visage.
Pareil à un cancer qui atteint le stade des métastases et arrive au point de non-retour et d'irréversibilité ; lorsque ce sera alors difficile ou déjà trop tard pour y remédier parce qu'il n'a pas été diagnostiqué dés son début ou même de manière anticipée à son moment crucial. Il en va ainsi de l'injustice sociale et de l'arbitraire, plus précisément du déséquilibre grave dans la répartition des richesses dans la société humaine, notamment lorsqu'une poignée de personnes cupides à l'extrême s'enrichit jusqu'à l'indéfini carrément sur le dos de l'écrasante majorité restante ou grâce à son labeur miséreux et sous payé la plupart du temps et surtout lorsque à l'opposé des gigantesques fortunes qui se constituent en des temps éclairs, des franges entières de la société voient leur pouvoir d'achat s'effondrer de manière excessive au point de ne plus pouvoir faire face aux dépenses les plus vitales d'alimentation, de soins, d'habillement, de culture…et plus globalement de bien être social minimum humainement requis dans cette ère d'abondance et d'incitation appuyée à la consommation.
Ce constat amer et cette certitude s'établissent au fil du temps, en silence pour ainsi dire, et sans grandes douleurs au départ. Au fur et à mesure que le poids du besoin et celui de la détérioration de l'image de soi deviennent insupportables. Les convictions s'installent et s'ancrent dans les esprits sans grandes discussions doctes et érudites, ni grands séminaires d'experts, ni réunions ad hoc dans les bureaux cossus. Elles s'établissent simplement au fur et à mesure dans les discussions entre collègues dans les ateliers et les bureaux des entreprises et de l'administration, entre membres d'une même famille, entre voisins, voire dans les champs et dans la rue de bouche à oreille. Elles gonflent et se généralisent chaque jour davantage, telle une traînée de poudre, d'un village, d'une ville, d'une région à l'autre et s'observent à l'identique dans de nombreux cas même d'un pays à un autre.
Le consensus est alors sans appel possible et devient incontestable et définitif même lorsque l'individu, le citoyen, en ce qui le concerne en particulier, fait appel à toute son intelligence et met en œuvre tout son génie du système D pour tenter autant que faire se peut de dissimuler son mal être ou pour taire et dépasser les agressions qu'il subit sans cesse jusque dans son propre milieu social.
Alors, dans ces conditions, qui osera venir contester le fameux "Vox populi, vox dei". Et de ce fait qui ira aujourd'hui réfuter cette sentence populaire et certainement cette évidence dans la bouche de toutes les mères et tous les pères de famille de notre pays adoré, toutes régions confondues : "El ma'icha eghlat ma'elhagnach !" Que nous pouvons traduire par "la vie est devenue si onéreuse, nous n'arrivons plus" ; sous-entendu à subvenir à nos besoins primordiaux.
En effet, l'on peut même extrapoler et affirmer que cette triste réalité est commune à tous les damnés de la terre qu'ils soient ici ou là, dans ce continent ou cet autre. Les damnés "civilisés" angoissent d'abord, se robotisent et se déshumanisent ensuite pour finir dans le suicide ou bien dans la violence tout azimut. Les autres damnés restants, "incivilisés" déclarés quant à eux, vouent d'abord leur misère à leur séculaire fatalisme, mais trop c'est trop, finissent par tout renverser sur le passage de leur dernière goutte d'un silence si stoïque.
Bien sûr, de l'autre côté du portillon, pour noyer le poisson et arrondir les angles en vue de justifier le maintien des postes et/ou des privilèges hors de toute mesure humaine, chacun des patrons, des décideurs et de leurs "faiseurs" de dossiers y va avec sa petite leçon, son explication, son analyse contradictoire, et autres balivernes. Des livres, souvent pleins de statistiques, de graphes et de courbes la plupart du temps ésotériques, des émissions de télévision, des tonnes de tabloïdes et de papiers en tout genre, des réunions de grandes figures et dans de grandes institutions, le tout saupoudré de figures de rêve avec un zeste du mirage de l'éden terrestre sont servis à la populaces en guise de plat de résistance, d'injection intraveineuse, de joint paradisiaque, de costume sur mesure, de refuge et que sais je encore… Oui mais…Tiens je crois que c'était El Haouri qui disait "les peuples ne peuvent pas aller au paradis le ventre vide" et pour tenter de le paraphraser je pense personnellement qu'il voulait nous dire que les peuples n'ont rien à cirer du paradis lorsqu'ils ont vécu leur vie durant le ventre vide.
Hier la presse titrait : 15000 cols bleus, la combinaison dégoulinant de cambouis et le front de rage, sont descendus dans les rues de la ZI de Rouiba, scandant les nombreuses zizanies qu'ils vivent par la seule faute de ceux qui maintiennent le statut quo du "Ma noudhoubek, ma noudh alik !".
Nous nous souvenons de 1988, c'était juste après el imsak ou avant el madfa', je ne sais pas , je ne sais plus….
